Les toxiques de vos NACs

Toxiques

A l'approche du lundi de Pâques et ces célèbres intoxications au chocolat, voici un petit article résumant les différents composés dangereux pour vos NACs et les mesures de sécurité à prendre.

En réalité, la quasi totalité des substances peut se révéler toxique en cas d'exposition prolongée ou de consommation répétée, ainsi il est recommandé de contrôler tout ce à quoi votre NAC peut avoir accès. En effet, du fait de leur comportement exploratoire (furet et oiseau) et leur tendance à ronger (lagomorphes et rongeurs), ils pourraient bien vous surprendre en ouvrant des dispositifs de sécurité pour enfant. Certains toxiques causeront des symptômes après plusieurs mois ou années, comme par exemple le plomb contenu dans les peintures anciennes.

Les voies de contamination

  • Voie orale

Les animaux peuvent s'intoxiquer en mangeant certaines substances, par exemple lors qu'un aliment contient une toxine suite à une altération des matières premières mal contrôlées par le fabriquant. Certains aliments industriels déséquilibrés peuvent également causer des symptômes, comme lors d'hyper vitaminose D3. Une attention particulière est à porter aux aliments frais du jardin, qui doivent être bien lavés car ils ne sont pas contrôlés par des organismes sanitaires avant d'être distribués, et peuvent être contaminés par différents produits.
 

  • Voie transdermique

Un animal peut subir une toxicité par un produit déposé sur ce qu'il dort, contre lequel il se frotte, ou dissous dans une eau dans laquelle il aurait nagé. Le contact est soit direct avec la peau soit par ingestion lors du toilettage.

  • Voie respiratoire

Les oiseaux sont particulièrement sensibles aux gaz du fait de leur appareil respiratoire très performant. Les poissons, quant à eux, sont souvent intoxiqués par une eau de mauvaise qualité. Une analyse d'eau est souvent recommandée lors d'une consultation chez votre vétérinaire, qui vous conseillera d'amener vos poissons dans une partie de l'eau de leur aquarium.

 

Les produits de traitement (jardinage, médicaments...)

  • Les pesticides

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Insecticides (jardinerie, antiparasitaires externes)

De nombreux insecticides utilisés en agriculture possèdent une toxicité pour vos animaux de compagnie. Certains sont normalement peu susceptibles de se retrouver au contact de votre animal comme le DDT (dichlorodiphényltrichloroéthane) qui n'est normalement plus autorisé. Les organophosphates et carbamates, ainsi que les pyréthrinoïdes et l'imidaclopride peuvent être utilisés par certains agriculteurs et par des jardiniers amateurs. Les pyréthrinoïdes  (comme la perméthrine de l'ADVANTIX) sont particulièrement toxiques pour les poissons et pour le chat, chez qui il cause des convulsions.

Les insecticides peuvent être utilisés comme antiparasitaire externe avec une bonne sécurité lorsque la prescription de votre vétérinaire est respectée. Un surdosage en imidaclopride, contenu dans certains antiparasitaires (ADVOCATE, ADVANTIX, ADVANTAGE), peut causer une intoxication à l'origine de symptômes neurologiques, d'une hyperalivation, de vomissement et diarrhée. Le Fipronil (FRONTLINE) est quant à lui extrêmement toxique pour le lapin, avec des irritations du tractus digestif et des convulsions.L'ivermectine et la sélamectine (IVOMEC et STRONGHOLD) sont déconseillés pour les tortues, certains lézards et serpents qui y sont très sensible et présentent des signes neurologiques.

Raticides

Même lorsqu'ils sont placés dans de petits habitacles en plastiques, les NACs peuvent souvent y accéder ou les ouvrir. Il arrive également d'observer des intoxications lorsque des carnivores consomment des proies contaminées. Les produits à base d'anti-vitamine K possèdent un antidote, ce qui n'est pas le cas de ceux à base de brométhaline et cholécalciférol.

Herbicides et algicides

Il ont généralement une faible toxicité pour les animaux. Certaines mortalités chez les poissons leur ont été attribuées mais pourraient davantage être lié à un faible niveau d'oxygène dissous dans l'eau suite à la mort des algues.

Engrais

Ils peuvent être consommés par les NACs car ils contiennent souvent du sang, des os, du poisson qui les rendent appétents. Ils peuvent aussi contaminer l'eau de boisson. Il vaut donc mieux rincer les aliments avant de les distribuer. 

  • Les médicaments

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Les anti-inflammatoires

Deux grandes catégories d'anti-inflammatoire existent : les stéroïdiens, ou corticoïdes, et les non stéroïdiens. Nous sommes habitués à l'utilisation des anti-inflammatoires non stéroïdiens de manière courante, comme l'ibuprofène (ADVIL, ANTARENE...) et le paracétamol (DOLIPRANE) qui ne nécessitent pas de prescription, cependant ces molécules peuvent être dangereuses pour vos NACs.

De manière générale, les anti-inflammatoires non stéroïdiens sont utilisés avec précaution pour le furet et les oiseaux carnivores comme les rapaces, car ils y sont très sensibles. Des intoxications sont nombreuses chez le furet, chez qui on peut observer des vomissements, diarrhées avec des ulcérations digestives, mais également des conséquences rénales et neurologiques lors de surdosage. Un dosage précautionneux du meloxicam (METACAM) est indispensable chez cette espèce, qui prend une dose 20 fois inférieure à celle d'un rat !  La mise en place d'un pansement gastrique en parallèle du traitement anti-inflammatoire peut être conseillée également. L'ibuprofène (ADVIL, ANTARENE) est très souvent à l'origine d'intoxication chez cette espèce, comme pour le chien et le chat, en causant des ulcères gastriques et intestinaux. Chez les rapaces, une très grande sensibilité au diclofénac (ANTACALM).

Si votre animal vous semble douloureux, il peut être tentant de lui administrer un médicament que vous avez toujours sous la main et qui est sans danger pour vous, le paracétamol (DOLIPRANE). Ce médicament est à PROSCRIRE car il est très toxique pour vos carnivores domestiques à n'importe quelle dose. En effet, il provoque une méthémoglobinémie, qui se manifeste par un sang brun-chocolat (couleur que l'on retrouve au niveau des gencives), une diminution de l’appétit, des vomissements, une salivation excessive, un abattement, une hypothermie, une insuffisance hépatique à l'origine d'un ictère (jaunisse), quelquefois un œdème (gonflement) de la face et du cou ou des membres antérieurs.

Vient ensuite le cas des corticoïdes (DERMIPRED, CELESTENE, MICROSOLONE...). Ces anti-inflammatoires présentent un grand intérêt dans la gestion de certaines allergies et pathologies respiratoires... Le risque de leur utilisation chez les NACs est liée à leur effet immunosuppresseur, qui survient à très faible dose chez les NACs. Ces animaux présentant souvent des infections asymptomatiques (pasteurellose du lapin, mycoplasmose du rat, aspergillose de l'oiseau...), les vétérinaires NACs s'accordent souvent à dire que leur utilisation est trop risquée par rapport au bénéfice qu'ils apportent, c'est ce qu'on appelle la balance "bénéfice-risque". C'est particulièrement vrai chez l'oiseau, chez qui il a été montré qu'une injection de corticoïde provoquait une aspergillose (100% des cas dans une étude expérimentale chez le pigeon). Chez le lapin, ce sont des entérites, des entérotoxémies et des pancréatites qui sont observés sur des traitements longs, et des nécrose de la tête fémorale lors d'utilisation d'un dosage important.

Les antibiotiques

Certains antibiotiques ne sont pas utilisables chez les rongeurs et lagomorphes alors qu'ils sont complètement sans danger pour les carnivores domestiques. Cela est du au fait qu'ils ciblent les bactéries dites "GRAM positives", qui sont les bactéries qui peuplent un appareil digestif sain de rongeur. Ils déséquilibrent alors cette flore bactérienne (dysbiose)  et peuvent ainsi provoquer des entérites (diarrhée) et des entérotoxémies, qui sont liées à la prolifération anormale de la bactérie Clostridium difficile. qui sécrète une endotoxine mortelle. Ainsi, les Pénicillines, céphalosporines et macrolides ne devraient jamais être utilisés par voie orale chez ces animaux (les injections sont parfois possibles). Les antibiotiques de la famille des aminoglycosides ont quant à eux des effets rénaux. Un cas particulier est celui du chinchilla, pour qui l'utilisation du métronidazole (FLAGYL, METROBACTIN) est toxique, contrairement à ce qui se passe pour les lapins et rongeurs. 

Autres molécules

Certains antifongiques peuvent être mal tolérés, comme par exemple l'itraconazole (ITRAFUNGOL) qui cause des régurgitations chez le Gris du Gabon. La venflaxine (EFFEXOR), un antidépresseur, est quant à lui toxique pour le furet et cause un abattement, des signes neurologiques, une tachycardie et une agitation.

Aliments et autres toxiques de l'environnement

  • Toxiques aériens

Les vapeurs de téflon (polytétrafluoroéthylène ou fièvre des polymères)  dégagée lors de cuisson à plus de 260°C sur une surface non adhérente sont extrêmement toxiques pour les oiseaux. Cette situation ne se présente pas sur une cuisson classique (à titre indicatif, un bol d'eau bouillante est à 100°C, la friture monte à 210°C ), mais une température de 400°C est vite atteinte lorsque la totalité du liquide d'une casserole ou poële est évaporée.

L'utilisation des sprays, aérosols, est déconseillée, tout comme la fumées de cigarette ou les aliments brûlés. Dans ce cas, les symptômes peuvent mmettre des jours à des semaines à se développer après l'inhalation. Le monoxyde de carbone, le dioxide de carbone et le cyanide d'hydrogène produisent également des particules irritantes. Un mauvais fonctionnement d'une pompe dans un aquarium peut être liée à des toxiques aérogènes.

Poele

  • Métaux

Le cuivre présente des effets hépatiques chez le lapin, qui se manifestent généralement lors de préparation de l'alimentation dans des casseroles en cuivre ou lors d'ingestion d'eau d'une fontaine en cuivre. Des intoxications au cuivre ont également été décrites chez des reptiles ayant ingéré des pièces de monnaie en cuivre, et chez des poissons lors d'utilisation de produits algicides à base de cuivre ou des antiparasitaires.

Le plomb peut être contenu dans des peintures de revêtements extérieur de maisons anciennes (constuites avant 1978), et peut contaminer les sols environnants. Certaines cages anciennes peuvent également être à l'origine d'une intoxication, comme l'ingestion de viande de proie tuée par des balles de plomb.

Le zinc peut être accessible à des animaux vivants dans des cages aux barreaux galvanisés, ou ayant accès à des vis, agrafes, pinces, boulons... Un nettoyage au vinaigre blanc élimine l'excès de zinc sur un produit neuf. Chez l'oiseau, cette intoxication se manifeste de la même manière que l'intoxication au plomb et la PDD (régurgitation, maldigestion, symptômes neurologiques...).

Le fer peut être à l'origine alimentation supplémentée en fer, engrais contenant du fer, molluscicides avec phosphate ferrique.

 

  • Plantes et aliments

Les plantes de la famille des lys sont toxiques pour les nouveaux animaux de compagnie. Certaines plantes contiennent des cristaux d'oxalate de calcium qui provoquent une douleur et un gonflement de la cavité orale, de l'oesophage et l'estomac, une hypersalivation et une anorexie : l'alocasia, les langues de feu, les ailes d'ange, le dieffenbachia, , les monsteras, la fleur de lune, la rhubarbe. Les bulbes ornementaux et les plantes du genre Allium (ail, oignon..) sont également à laisser hors d'atteinte car ils peuvent causer de sévères symptômes gastro-intestinaux.  

Certaines plantes contiennent des substances cardiotoxiques comme les azalées, rhododendrons, laurier, l'if. Les tannins du chêne sont également toxiques car ils dénaturent les protéines cellulaires. Les sagous du japons et fougères arboricoles ont des fruits, graines et feuilles toxiques, et sont à l'origine de symptômes neurologiques, digestifs et hépatotoxiques.

L'avocat est très toxique pour les oiseaux, lapins, souris, cochon d'inde et de nombreuses autres espèces. Il provoque une détresse respiratoire 12h après ingestion, et un hydropéricarde, associé à une mort en 1-2 jours. Les lapins peuvent présenter une mastite non bactérienne.

Les champignons sont parfois difficile à identifier pour distinguer les toxiques, ainsi ils sont déconseillés; 

 

  • Animaux
Les principaux exemples sont le crapaud buffle, dont les glandes parotides sécrètent une toxine avec de graves effets cardiaques. Ce batracien vit en Amérique centrale et du Sud, et en Océanie. Les insectes du genre Photinus (coléoptères et lucioles) peuvent produire une toxine similaire. Certains autres insectes contiennent des molécules dangereuses comme le papillon monarque, le papillon reine, le gendarme guyanais. Il est déconseillé de distribuer des insectes prélevés dans l'environnement à ses reptiles pour cette raison.
 
 
  • Mycotoxines
Les alfatoxines peuvent contaminer toute production à base de noix, graines de coton, riz, qui sont à la base de la composition des croquettes et granulés pour omnivores et carnivores, et entrent même parfois dans la composition des granulés pour herbivores. La nourriture peut être contaminée sans avoir un aspect moisi, et produit une toxicité hépatique qui peut parfois être à l'origine de morts subites.
 

Mesures de sécurité

Je vous recommande donc les mesures de sécurité suivantes :

- éduquer votre famille et vos amis : un composé bon pour vous peut être extrêmement toxique pour votre animal ! Dans le doute, demandez leur de vous poser la question. Un animal ne reconnaît pas ce qui est bon pour lui ou non, nos fameuses intoxications au chocolat le prouvent tous les ans ;-)

- avoir des poubelles lourdes et fermées

- éviter les plantes d'intérieur ou les mettres hors de portée de vos animaux (en hauteur pour les furets, rongeurs, et dans une pièce inaccessible pour les oiseaux !)

- Placer vos produits d'entretien et médicaments dans des placards en hauteur avec des portes fermées et lourdes (car certains petits malins pourraient les ouvrir !)

- Eviter l'usage d'engrais, insecticides et pesticides dans vos jardins si vos animaux ont accès à l'extérieur ou privilégier des balades en harnais

- consulter un vétérinaire NAC pour une prescription raisonnée des médicaments

 

Joyeuses Pâques à vous tous !

Lapin paques

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Sources : 

BEERNART et al : Modelling Aspergillus fumigatus infections in racing pigeons (Columba livia domestica), Avian Pathol, 2008, 37(5), p. 545-9.

HARRISON : Clinical avian medicine, 2005, Spix Publishing

MURPHY : Environmental toxicology, considerations for exotic pets, Journal of Exotic Pet Medicine, 2015, 24(4)

OVERMAN : a review of ferret toxicoses, Journal of Exotic Pet Medicine, 2015, 24(4)

WELLE : parmaceutical toxicoses, , Journal of Exotic Pet Medicine, 2015, 24(4)