La mue des psittacidés

La mue correspond au renouvellement progressif des plumes de l'oiseau, ce qui permet au plumage de conserver ses qualités d'étanchéité, de thermorégulation, de protection mécanique et ses propriétés indispensables au vol. 

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Elle varie beaucoup d'un individu à l'autre en fonction de son espèce, de ses conditions de vie, de son état de santé.... Ce qui donne un vrai magma d'informations plus ou moins contradictoires sur le net ! Mon but ici : vous proposer enfin un article clair et pédadogue sur nos connaissances scientifiques actuelles sur la mue !

Les plumes ont une croissance limitée et s'usent avec le temps. La mue est ainsi indispensable à la vie de l'oiseau pour permettre au plumage de conserver ses caractéristiques. 

Chez le perroquet, l'oisillon nait nu puis sont duvet apparaît sous 12 jours pour la perruche ondulée. Une première mue survient pour remplacer le duvet juvénile par les plumes juvéniles (mue préjuvénile), puis une deuxième mue pour aboutir au plumage adulte (mue post juvénile). Viennent ensuite les mues d'adulte.

Théoriquement, il y a 2 mues par an pour le perroquet, l'une au printemps et l'autre en automne, d'une durée de 6 à 8 semaines. Chez les perruches, les mues surviennent 2 à 3 fois par an à n'importe quel moment de l'année. 

Mue2

 

Chaque mue ne renouvelle pas l'ensemble des plumes à elle seule. Il faut en effet 1 an à la plupart des perroquets pour renouveler son plumage. Chez certains grands perroquets, cette période aussi appelée "cycle de mue" peut durer jusqu'à 2 ans. Ainsi, lorsque l'un de vos perroquets se pique, même en cas de guérison il lui faudra 1 an pour récupérer sa superbe et sa capacité de vol !! Voici un petit schéma pour résumer le déroulement théorique de la mue chez le perroquet : 

Mue

Le déclenchement de la mue obéit à plusieurs facteurs qui sont pour l'heure mal connus :

  • l'activité hormonale : l'hormone thyroïdienne et les hormones sexuelles influencent la mue. La première stimule la papille plumeuse, quand les autres influencent la répartition du plumage, sa couleur... Les androgènes et les oestrogènes semblent inhiber la mue alors que la progestérone stimule la papille plumeuse. Certains chercheurs ont même réussi à induire la mue chez des oiseaux en les nourrissant avec des extraits de glande thyroïdienne de boeuf !
  • La photopériode : la durée du jour intervient dans le déterminisme de la mue. On peut ainsi penser à un rôle de l'hormone mélatonine dans le processus, qui est "l'hormone du sommeil", sécrétée durant les périodes d'obscurité (donc davantage en hivers : voir article suivant pour comprendre l'action de la mélatonine). 
  • La température
  • L'hygrométrie (taux d'humidité)
  • L'alimentation : une alimentation carencée s'oppose au déroulement normal de la mue 
  • L'âge de l'oiseau
  • Les périodes de stress et les maladies : vont influencer l'apparition et le déroulement de la mue... Les corticoïdes, hormones du stress, ont un effet négatif sur la pousse des plumes.  

Mue perruche2

C'est une période particulièrement éprouvante pour l'oiseau car elle lui demande beaucoup d'énergie et de ressources. Elle puise notamment dans les réserves de calcium dont le calcium osseux, et provoque un besoin accru de vitamines, acides aminés (composant des protéines) et minéraux tels que le manganèse. L'alimentation doit en particulier apporter une grande quantité de méthionine, d'arginine et de calcium. L'influence d'une complémentation sur le remplacement des plumes a été prouvé. N'hésitez donc pas à en parler à votre vétérinaire aviaire pour qu'il vous conseille une complémentation durant cette période !  

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Sources : 

ANDRE JP. La mue chez les oiseaux de cage. Fiches techniques NAC-Océ, 1993, n°3, Virbac.

DIATROPTOV : The infradian rhythm in changes of thyroxine level and related periodicity of feather replacement during the molting in passerine birds, Zh Obshch Biol. 2013 Sep-Oct;74(5):379-85.

DORRENSTEIN GM. Physiology of avian dermatology. In : ALTMAN RB, CLUBB SL, DORRENSTEIN GM, QUESENBERRY K. Avian medicine and surgery. Philadelphia : W.B. Saunders, 1997, 545-547.

FARNER D.S.: Chapter 6 – Some physiological attributes of small birds. In: PETRAK M.L. Diseases of cage and avary birds, 2nd edition, Philadelphia: Lea and Febiger, 1982, 204-210

ROMERO : Corticosterone inhibits feather growth: potential mechanism explaining seasonal down regulation of corticosterone during molt, Comp Biochem Physiol A Mol Integr Physiol. September 2005;142(1):65-73.

TCHERNETSKAIA DESCHAMPS M. : Dermatologie des psittacidés, Thèse vétérinaire, Alfort, 2008TOLLEFSON C.I.: Chapter 7 – Nutrition. In: PETRAK M.L. Diseases of cage and avary birds, 2nd edition, Philadelphia: Lea and Febiger, 1982, 241-242

WEBSTER et al : Forced Molt in Four Juvenile Yellow-Eyed Penguins (Megadyptes antipodes), J Wildl Dis, 2016;0(0)

WOLF et al : Investigations on feathering, feather growth and potential influences of nutrient supply on feathers' regrowth in small pet birds (canaries, budgerigars and lovebirds), J. of Animal physiology and animal nutrition, 2003, 87 (4).