Les maladies digestives

Gris du gabon

Les maladies digestives des perroquets et autres oiseaux de compagnie ont des origines très diverses. Une alimentation équilibrée est la première prévention contre un bon nombre de ces maladies, et un examen clinique régulier à un examen des selles est incontournable. Nous développerons les maladies du bec dans un article à part entière.

L'analyse de fiente

L'analyse des fientes est le préambule à tout diagnostic de maladie digestive, et doit être réalisée 1 à 2 fois par an. Pour un propriétaire d'oiseau de compagnie à la maison, il est bon de connaître l'aspect normal des fientes avec ses 3 différents composants :

  • Les fécès : cela correspond aux matières fécales, qui prennent la forme d'un boudin marron ou vert sombre. La présence de graines non digérées est anormale.
  • Les urates : elles correspondent à la partie solide extraite par les reins, de couleur blanche et d’aspect pâteux, irrégulièrement posée sur les fèces.
  • Les urines : elles sont transparentes et sont disposées autour des deux autres composant. Un bon nombre de diarrhée suspectées sont en réalité une augmentation de la quantité d'urine, on parle alors de polyuro-polydypsie.

L'analyse des fientes par un vétérinaire permet d'apprécier plusieurs éléments :

  • La présence d'une flore bactérienne normale ou non
  • Des indices de malnutrition et le degré de gravité
  • Toute présence de levures anormales ou d'oeufs de parasites

Il est totalement impossible d'affirmer qu'un perroquet est en bonne santé sans avoir réalisé un examen de selle, car un animal en situation de malnutrition ou de parasitose ne montrera pas forcément de symptômes immédiatement.

 

Les principales causes

Les maladies digestives peuvent concerner tous les étage du tube digestif et ainsi aboutir à des symptômes variés. On recherche les causes de diarrhée, régurgitation ou amaigrissement dans 2 grands types de causes :

  • Les causes digestives :

On parle de cause digestive lorsque l'origine de la maladie digestive se trouve directement dans le tube digestif. Il peut s'agir de causes virales, comme dans le cas de la PDD (Proventricular Dilatation Disease, aussi appelée "maladie du proventricule" ou bornavirose), de causes bactériennes (Chlamydiose, entérite bactérienne à E. Coli, Salmonellose, Yersiniose...), de causes parasitaires comme dans le cas de la coccidiose, ou de la trichomonose, qui atteint en particulier les pigeons, les perruches ondulées et les calopsittes, et de causes fongiques comme la candidose. Certaines de ces maladies ne peuvent se développer chez des oiseaux en bonne santé, on les appelle les maladies opportunistes. Pour cette raison, il est indispensable d'évaluer un possible état de malnutrition, qui diminue l'immunité de l'oiseau, modifie la constitution de ses muqueuses et déséquilibre la flore bactérienne normale et saine du tube digestif.

Enfin, on retrouve des causes traumatiques (brûlure ou blessure du jabot lors de gavage) et les corps étrangers.

Cyto macrorhabius calopsitte

Cytologie des fientes : Levures Macrorhabdus ornithogaster chez une calopsitte 

  • Les causes extra-digestives :

On appelle cause extra digestive une maladie qui se situe sur un organe hors du tube digestif et aboutit à des symptômes tels que de la diarrhée ou des régurgitations. Il peut s'agir d'une défaillance d'un organe, comme les insuffisances hépatiques et rénales. Comme première cause d'insuffisance hépatique, on retrouve l'alimentation inadéquate à l'origine d'une lipidose hépatique. Les intoxications aux métaux lourds sont au départ une cause digestive, mais une intoxication chronique aboutit à une fixation des particules métalliques dans la matrice osseuse et les reins de l'oiseau. Dans ce cas, il peut y avoir une intoxication aux métaux lourds alors que l'objet métallique de départ a été éliminé par l'oiseau. Une radiographie sans objet métallique n'exclue donc pas l'intoxication aux métaux lourds, la prise de sang oui !

Enfin,une autre cause un peu surprenante est... Le comportement ! En effet, le comportement de régurgitation est un comportement sexuel chez certains perroquets, qui nourrissent ainsi leur partenaire. Parfois seule la vue de l'être aimé (qui peut être le propriétaire humain) suffit à déclencher les régurgitations, tout comme l'hyperactivité de certains perroquets. D'autres oiseaux, en particulier les mâles, peuvent déclencher une anorexie lors de la parade sexuelle.

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corps étranger métallique observé en radiographie

Les symptômes

Les symptômes peuvent être très variés. Il peut s'agir simplement d'une faiblesse (parofis à l'origine de chute du perchoir), de modification des fientes (diarrhée ou polyuro-polydypsie), d'une anorexie. Des régurgitations peuvent également être observées, des difficultés à déglutir (dysphagie), des signe de nausées. Une maldigestion peut être observée avec la présence de graines dans les fientes. Dans certain cas, une douleur coelomique peut être à l'origine d'un picage. 

Les fientes peuvent prendre des couleurs diverses selon la maladie digestive : des fécès noirs sont généralement le signe de la présence de sang digéré, comme par exemple lors de colibacillose, des selles vertes claires presque fluos peut être due à une infection par une bactérie de type Streptocoque, la présence de pigment vert dans les urines ou les urates peut être le signe d'une maladie hépatique ou de chlamydiose. 

Diagnostic

Plusieurs types d'examen réalisés à la clinique ou en laboratoire peuvent être indiqués :

  • La cytologie : elle est réalisée sur un écouvillon cloacal et/ou du jabot. Un coton tige humide est utilisé pour réaliser le prélèvement, qui est ensuite coloré et observé sur place au microscope. Elle peut permettre d'observer des cellules anormales lors de malnutrition (hyperkératose de l'épithelium), des proliférations de levures, de bactéries, de parasites.
  • L'analyse de selle : il peut s'agir également d'une cytologie, comme nous l'avons décrit dans notre premier paragraphe. Il peut également s'agir d'un examen parasitologique des selles, réalisé cette fois en laboratoire.
  • La prise de sang : elle permet d'explorer les causes extra-digestives (insuffisance hépatique, maladie rnale) et la PDD (sérologie ou PCR). Un dosage des métaux lourds (plus fréquemment le plomb et le zinc) peut également être envoyé.
  • La radiographie : Elle permet de détecter la présence d'un corps étranger métallique dans le tube digestif, peut parfois permettre d'observer une augmentation de la taille de l'un des organes (hépatomégalie, néphromégalie, dilatation du proventricule)...

 

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Ara chloroptère dans un scanner au CHV Frégis

  • Le scanner : il permet d'observer avec beaucoup plus de détail le contenu du coelome car il consiste en une multitude d'images de coupes de l'oiseau ce qui permet une analyse en 3D. Son avantage principal est l'absence de caractère invasif, son inconvénient étant l'anesthésie, son coût et son manque de disponibilité hors de grands centres vétérinaires.
  • L'endoscopie : elle consiste en l'utilisation d'une caméra pour observer directement les organes à travers les sacs aériens. Cet examen est plus invasif que le scanner, cependant il permet la réalisation de prélèvements (biopsie) qui peuvent avoir un grand intérêt pour diagnostiquer la PDD avec certitude, une tumeur, retirer un corps étranger dans le jabot....
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Endoscopie chez une buse de Harris

Traitement

Selon l'origine qui aura été démontrée par votre vétérinaire, celui ci peut être amené à mettre en place un traitement antibiotique, anti inflammatoire, anti fongique, un traitement chélateur de métaux....
Dans certains cas une réalimentation assistée (gavages) et/ou une hospitalisation peuvent être nécessaires.

 

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Perruche vol

Sources

  • BRANDAO, BEAUFRERE : clinical update and treatment of selected infectious gastrointestinal diseases in avian species, Journal of Exotic Pet Medicine 22 (2013), pp 101–117
  • HARRISON : Clinical Avian Medicine, Gastro intestinal system.
  • HOPPES et al : The Isolation, Pathogenesis,Diagnosis, Transmission, and Control of Avian Bornavirus and Proventricular Dilatation Disease, Vet Clin Exot Anim 13 (2010) 495–508
  • HUYNH M. : bornavirus ou Maladie de dilatation du proventricule sur www.fregis.com
  • THOMAS, HUNTER, ATKINSON : Infectious Disease in wild birds
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