La maladie surrénalienne en 7 questions

Furet

La maladie surrénalienne est une maladie hormonale (ou endocrienne) qui est observée chez le furet ou la furette castrés chirurgicalement. Dans cette maladie, les surrénales se mettent à produire des hormones sexuelles causant divers troubles. 

1 / Quand suspecter la maladie surrénalienne chez mon furet ?

Vous devez être amenés à suspecter cette maladie lorsque votre furet présente les signes suivants :

  • une perte de poil qui commence par la queue, le train arrière ou les flancs, et peut s'étendre à tout le corps de votre furet (dos, région abdominale ventrale ou latérale). Cette alopécie est généralement symétrique et survient dans 65 à 90% des cas. Elle peut aisément être confondue avec la mue saisonnière, qui peut s'arrêter après quelques semaines à quelques mois.
  • un prurit (sensation grattage) : c'est l'une des particularités de cette maladie parmis les maladies hormonales connues chez l'animal. Dans la maladie de Cushing du chien par exemple, la perte de poil hormonal ne gratte pas, alors que chez le furet avec une maladie surrénalienne, ce symptôme est présent dans 8,5 à 40 % des cas.
  • un abattement est également possible lors de maladie surrénalienne. Cela peut être du à une anémie causée par une exposition prolongée aux oestrogènes. Ce signe doit vous amener à consulter un vétérinaire, car il peut être le signe de nombreuses maladies (insulinome, lymphome, hyperoestrogénisme de la furette...).
  • des signes de rût ou de chaleur : agressivité, odeur corporelle qui augmente, vulve de taille augmentée. Dans de rare cas, des complications d'infection de l'utérus sont observés chez la femelle (pyomètre).
  • une strangurie : des difficultés ou de la douleur chez le mâle lorsqu'il urine. Cela est du à une hypertrophie prostatique : en effet, la prostate augmente de taille du fait de la présence d'hormone sexuelle. Cet organe entourant complètement l'urètre, il exerce un effet de pression qui est douloureux pour le mâle lorsqu'il urine, voire l'empêche d'uriner ! Dans ce cas, il est nécessaire de contacter en urgence votre vétérinaire.

2/ Qu'est ce qui cause la maladie ?

Afin de comprendre la maladie surrénalienne, voici un petit rappel du fonctionnement de l'axe hormonal d'un animal non castré : L'axe hormonal à gauche est l'axe des hormones sexuelles. Le signal de départ provient du cerveau avec une première glande, l'hypothalamus qui, par l'intermédiaire de l'hormone GnRH, envoie la consigne à l'hypophyse de produire une hormone, la LH ou FSH. Cette dernière permet d'actionner le testicule ou l'ovaire pour qu'il produise la testostérone ou l'oestradiol. Ces derniers fonctionnent comme un message limitant pour l'hypothalamus pour qu'il diminue sa production de GnRH, c'est ce qu'on appelle une boucle de régulation, ou rétrocontrôle négatif.

Dans le cas de l'axe hormonal de la surrénale, c'est le même principe avec cette fois un organe cible différent, la surrénale, qui produit des glucocorticoïdes.

Capture d e cran 2016 06 07 a 14 49 40                 Castration furet maladie surrenalienne

Gauche : axe hormonal, fonctionnement normal / Droite : axe hormonal après castration, mécanisme de la maladie surrénalienne

Lorsqu'un animal est castré, le rétrocontrôle négatif de l'ovaire ou du testicule disparaît, et ainsi la production de GnRH est augmentée. Le message de production de LH ou FSH et donc lui aussi augmenté. Cela ne pose aucun problème connu chez les carnivores domestiques, mais chez le furet, certaines cellules de la surrénales se mettent à répondre à ce signal et produisent des hormones sexuelles.

3/ A quel âge apparaît la maladie ?

La maladie peut survenir à des âges allant de 8 mois à 9 ans, mais le "profil -type" du furet atteint de maladie surrénalienne est un furet mâle ou femelle 3,5 à 4,5 ans.  Il semblerait que l'âge de la castration joue sur l'âge d'apparition de la maladie, avec un début des symptômes situé 3,5 ans après la castration.

4/ Est ce grave ?

La question est légitime puisqu'un furet mâle non castré produit des hormones sexuelles sans conséquence néfaste sur sa santé. Comme nous l'avons dans l'article sur la castration/stérilisation du furet, le risque est différent pour une femelle entière.

La maladie surrénalienne est considérée comme une maladie potentiellement grave, car si dans certains cas la surrénale présente uniquement des lésions bénignes (lésions d'hyperplasie, de nécrose, adénomes corticosurrénaliens) , elle peut dans d'autres cas évoluer en adénocarcinome. Selon les études, ces derniers sont présents dans 10% à 53,4%, il semble donc que la majorité des cas soient bénins.

Capture d e cran 2016 06 14 a 13 27 07

5/ Est ce une maladie fréquente ?

Le pourcentage d'atteinte des furets (prévalence) décrit est très différent d'une étude à l'autre. Cela va de 0.55% dans une étude menée aux pays bas à 70 % dans certaines autres études ! Aux Etats Unis où les furets sont généralement castrés très jeunes en élevage, les retours d'expériences de nos confrères estiment une atteinte d'environ 50% des furets. C'est donc une maladie fréquente pour laquelle la question de la prévention est importante à se poser (voir question 7).

6/ Comment savoir si mon furet est atteint ?

En dehors des signes cliniques observables, plusieurs moyens existent pour diagnostiquer cette maladie.

  • Le dosage des hormones sexuelles :

Lorsqu'un animal est castré ou stérilisé, il n'a aucune raison de produire des hormones sexuelles. Ainsi, lorsqu'un furet castré/stérilisé se met à présenter des signes de rût/chaleurs, il est possible d'envoyer un dosage des hormones sexuelles : oestradiol, 17-OH progesterone, androstenedione. La présence de l'une de ces hormones associée à des signes cliniques permet le diagnostic de certitude de la maladie surrénalienne. En revanche, le fait d'avoir une concentration sanguine normale de ces 3 hormones n'exclue pas totalement la maladie surrénalienne, car d'autres dérivés de ces hormones peuvent être présents.

Capture d e cran 2016 06 14 a 13 11 26

  • L'échographie :

Elle permet d'observer une augmentation de taille d'une surrénale dans 50% des cas. L'observation de 2 surrénales de taille normale n'exclue pas une tumeur maligne, et à l'inverse une taille très importante n'est pas forcément un signe de malignité. Certains auteurs recommandent une exérèse lorsque le furet présente des symptômes, quelle que soit la taille de la surrénale. L'échographie est utile pour évaluer les conditions opératoires, les maladies qui sont fréquemment associées à la maladie surrénalienne (insulinome, rémanence ovarienne, ...) mais également pour faire un bilan d'extension en observant les noeuds lymphatiques loco-régionaux et un possible envahissement de la veine cave lorsque la surrénale droite est de taille augmentée.

  • L'histologie :

Il s'agit du seul examen qui permet de déterminer la nature bénigne ou maligne de la tumeur surrénalienne. En pratique, l'augmentation de taille de la surrénale peut être liée à une nécrose, une hyperplasie bénigne, un adénome ou un adénocarcinome. Plusieurs études ont montré que la nature de la masse surrénalienne n'influençait pas l'espérance de survie du furet suite à son retrait.

6/ Quel est le meilleur traitement ?

Les enjeux du traitement sont les suivants : obtenir la meilleure espérance de vie, faire disparaître les symptômes liés à la production d'hormones sexuelles (perte de poil,abattement, inconfort urinaire...), éviter la croissance de la tumeur...

  • La chirurgie :

Elle est considérée comme le meilleur traitement de la maladie surrénalienne à l'heure actuelle. C'est le traitement qui a montré la meilleure durée de survie, y-compris lorsque la surrénale ne peut être retirée entièrement. La chirurgie réclame un chirurgien expérimenté, cependant les complications sont rares suite au retrait des surrénales (unilatéral ou bilatéral) et il n'y a besoin d'aucun traitement médical par la suite, à l'exception de 5% des cas qui nécessiteront une complémentation en glucocorticoïdes (hormone naturellement synthétisée par la surrénale). Des récidives ont eu lieu dans 15% des cas, après un intervalle de temps moyen de 30 mois après la chirurgie. Une radiothérapie pourrait être imaginée en complément d'un retrait incomplet de la masse, cependant son efficacité n'est pas décrite chez le furet.

Capture d e cran 2016 06 14 a 13 25 17

 

  • L'implant de desloréline

Il délivre un analogue de la GnRH et inhibe la production d'hormones sexuelles (mécanisme décrit ici). Sa pose permettra donc de résoudre les symptômes, mais il ne permet pas de diminuer la taille de la surrénale. Si votre furet présente une adrénomégalie (surrénale de taille augmentée), il est inutile de poser un implant pour réduire la taille de la surrénale avant d'opérer. Si votre furet ne peut être anesthésié ou opéré, ou si vous ne souhaitez pas le faire opérer, des échographies de contrôle seules peuvent permettre de savoir si la tumeur a grossit ou non. Ce traitement n'empêchant ni la croissance de la tumeur ni d'éventuelles métastases, on utilise  l'implant dans le cas où l'animal ne peut pas être opéré. La durée d'action de l'implant de 4,7 mg est de 1 à 2 ans, celui de 9,4 mg est de plus de 2 ans.

Capture d e cran 2016 06 14 a 13 02 34

  • Autres traitements :

D'autres traitements ont été décrits pour la maladie surrénalienne du furet. La pose d'un implant de mélatonine (détail du mécanisme ici) a montré un effet temporaire de quelques mois et n'empêche pas l'augmentation de la taille des tumeurs. Son utilisation pourrait être mise en parallèle de l'implant de desloréline bien que le recul soit moins important dans ce cas.  L'utilisation de kétoconazole (antifongique) a été montrée inefficace, tout comme les anti-histaminiques pour le prurit et le déprenyl (traitement surrénalo-suppresseur). Le mitotane, qui détruit les tissus surrénaliens, montre une amélioration transitoire seulement avec de nombreux effets secondaires (hypoglycémie, vomissements). Un vaccin contre la GnRH a été testé sur certains furets mais semble provoquer des réactions auto-immunes. Des injections d'analogues de la GnRH (LUPRON et ENANTONE) font disparaître les symptômes mais ne font effet que quelques mois.

 

7/ Peut on prévenir son apparition ?

La prévention de la maladie surrénalienne passe par 2 facteurs : la gestion de la photopériode et la méthode de castration / stérilisation.

En effet, la vie en intérieur avec des furets qui recoivent de la lumière plus de 11h par jour semblerait être un facteur favorisant l'apparition de la maladie surrénalienne. Il est donc recommandé d'apporter à son furet un "jour artificiel" d'une durée cohérente avec celle qu'il aurait dans la nature, avec des journées courtes en hiver et longues en été.

L'autre facteur de prévention est la méthode de castration. En effet, comme nous l'avons expliqué plus tôt, la castration chirurgicale peut mener à une maladie surrénalienne. La castration par la pose d'un implant de desloréline (SUPRELORIN) en revanche agit de manière légèrement différente, ce qui prévient l'apparition de la maladie. En effet, dans ce cas, ce n'est pas la suppression du testicule ou de l'ovaire qui provoque la castration mais l'apport continu de l'analogue de GnRH. Il n'y a donc pas de production excessive de LH ou FSH venant stimuler les surrénales. Le mécanisme est décrit ci-dessous. Ainsi, si l'implant n'est pas un traitement idéal de la maladie surrénalienne, il reste en revanche un excellent moyen de prévention.

Castration furet effet implant

 

Sources :

BEEBER NL (2011). Surgical management of adrenal tumors and insulinomes in ferrets, journal of exotic pet medicine, 20, 206-216

MIWA Y, KUROSAWA A, OGAWA H, NAKAYAMA H, SASAI H, SASAKI N (2009). Neoplastic diseases in ferret in Japan: a questionnary study for 2000 to 2005, J. Vet. Med. Sci., 71(4), 397-402

BARTLETT L (2002). Ferret Soft Tissue Surgery, Seminars in Avian and Exotic Pet Medicine, 11, 221-230

ROSENTHAL : Adrenal Gland Disease in Ferrets, Clinician's Brief. 2012 April; 10(4):59-62.

ROSENTHAL KL, PETERSON ME, QUESENBERRY KE, LOTHROP CD (1993 b), Evaluation of plasma cortisol and corticosterone responses to synthetic adrenocorticotropic hormone administration in ferrets, Am.J. Vet. Res., 54(1), 29-31

SCHOEMAKER NJ, VAN DEIJK R, MUIJLAERT B, KIK MJL, KUITJEN AM, DE JONG FH, et al., (2008 b). Use of a gonadotropin releasing hormone agonist implant as an alternative for surgical castration in male ferrets (Mustela putorius furo), Theriogenology, 70, 161–167

SCHOEMAKER NJ, SCHUURMANS M, MOORMAN HANNEKE, LUMEIJ JT (2000), Correlation between age at neutering and age at onset of hyperadrenocorticism in ferrets, J. Am. Vet. Med. Assoc., 216(2), 195-197

SIMONE-FREILICHER E (2008). Adrenal Gland Disease in Ferrets, Vet. Clin. Exot. Anim., 11, 125–137

WAGNER RA, FINKLER MR, FECTEAU KA, TRIGG T (2009). The Treatment of Adrenal Cortical Disease in Ferrets with 4.7-mg Deslorelin Acetate Implants, Journal of Exotic Pet Medicine, 18, 146–152

Ajouter un commentaire