Maladies de l'appareil reproducteur

Rongeur et lagomorphs

 

  • Ces maladies peuvent concerner tous les organes du système reproducteur : l’utérus, les ovaires chez les femelles, les testicules, le pénis et la prostate chez les mâles, et les mamelles chez les deux sexes (bien que plus rare dans le cas des mâles). La plupart de ces maladies sont directement liées à l’activité hormonale, ce qui explique la réduction des risques chez des animaux stérilisés jeunes.

Principales causes

 

                 Les mamelles

  • On observe principalement des tumeurs bénignes et malignes, mais une infection appelée mammite ou des lactations de pseudogestation sont également possibles. Les tumeurs mammaires sont très fréquentes chez la ratte, chez qui elles sont la plupart du temps bénignes. Elles sont plus rares chez le cochon d’inde et la lapine et le rat mâle mais présentent un fort taux de malignité : on parle alors d’adénocarcinome mammaire. Les lactations de pseudogestation sont fréquentes chez des lapines âgées, chez qui elles sont souvent liées à une tumeur utérine.

 

                L’utérus

  • Les tumeurs utérines de la lapine atteignent 50 à 80% des lapines non stérilisées de plus de 4 ans et sont le plus souvent malignes (voir l'article suivant pour plus de détail). Une prolifération cellulaire bénigne avec formation de kystes dans la paroi utérine, la présence de polypes utérins ou un pyomètre (infection de l’utérus) sont aussi possibles. Il arrive d’observer un prolapsus de l’utérus ou « descente d’organe », en particulier chez la ratte lors de fibroadénome utérin.

 

                Ovaires

  • Les kystes ovariens sont fréquents chez la femelle cobaye et la gerbille. Chez certains animaux, ils peuvent atteindre plusieurs centimètres de diamètre et être à l’origine d’une douleur abdominale, d’une perte d’appétit et d’un abattement.

 

                Autres maladies des femelles

  • Lors de la gestation, une situation à risque appelée toxémie de gestation est possible, en particulier chez les femelles cobaye et lapin obèses ayant leur première portée. Les femelles cobayes sont sujettes aux dystocies (difficultés de mise bas) car leur symphyse pubienne se soude lorsqu’elles se reproduisent tardivement ou longtemps après la précédente mise-bas.

 

Appareil genital sans legende

Appareil génital femelle : 1/ovaires, 2/corne utérine 3/double col utérin 4/vagin (1)

 

                Prostate et testicules

  • Les tumeurs de la prostate et les maladies infectieuses et inflammatoires (prostatites) sont assez rares chez les petits mammifères. Les testicules sont également sujets aux tumeurs, aux inflammations et infections (orchites, épididymites). Dans certains cas, les mâles peuvent être cryptorchides, c'est-à-dire que l’un des testicules n’est pas descendu dans sa bourse. Certaines espèces comme les rats sont semi-cryptorchides de manière normale. Les chinchillas mâles sont prédisposés au paraphimosis, ce qui désigne une incapacité à rétracter le pénis après érection ce qui peut entraîner des infections. En effet, un anneau de fourrure (le « fur ring ») peut se former autour du pénis sous le fourreau favorisant cette maladie, qui survient également chez des animaux débilités.

Signes cliniques

  • Dans le cas des maladies utérines, les premiers signes sont souvent une perte sanguine que l'on peut penser vaginale ou urinaire (hématurie). Dans ces maladies comme pour les kystes ovariens, une dilatation abdominale peut être observée, mais les signes cliniques sont souvent liés à la douleur abdominale : abattement, anorexie, réduction des déplacements, arrêt de transit. Des portées de taille diminuée ou des rétentions placentaires sont également possibles. Lors de kystes ovariens, l’activité hormonale provoque une alopécie symétrique (perte de poil) qui est souvent le premier signe clinique observé.
  • Un état d’abattement prononcé d’une lapine dans ses dernières semaines de gestation doit évoquer la toxémie de gestation.
  • L’examen clinique peut révéler des nodules et des masses sur les mamelles, les testicules. Un testicule cryptorchide peut être palpé dans l’abdomen chez le lapin mâle. Un comportement de léchage excessif de la zone génitale peut être révélateur de paraphimosis chez le mâle ou de maladie utérine chez la femelle.

Diagnostic

  • L’échographie permet la visualisation de la cavité abdominale et ainsi d’observer un testicule en position abdominale, des anomalies de paroi ou de contenu de l’utérus. Elle permet également de visualiser certaines métastases des nœuds lymphatiques abdominaux, ou lorsqu’elles forment des masses sur le péritoine. La visualisation des ovaires permet d’apprécier la taille des follicules ovariens et donc l’activité hormonale d’une femelle et la présence éventuelle de kystes qui prendront la forme de cavité remplie de liquide. Dans le cas de kystes de grande taille, il est parfois possible de soulager l’animal par une ponction échoguidée du kyste. Cet examen permet également de visualiser la prostate et toute anomalie inflammatoire ou kystique chez le mâle.
  • La radiographie thoracique permet un bilan d’extension dans le cadre des hypothèses tumorales malignes pour observer d’éventuelles métastases pulmonaires qui prennent l’aspect de taches blanches dans les poumons. Un scanner permet un bilan d’extension pour des nodules de plus petite taille, il est ainsi plus sensible. Dans ce cas, la décision chirurgicale doit être rediscutée car n’augmente pas l’espérance de vie mais permet de soulager la douleur de l’animal.

Rx meta pulm

Radiographie thoracique montrant des métastases pulmonaires (2)

  • L’analyse histologique permet de compléter le diagnostic après la chirurgie d’ovario-hystérectomie (stérilisation). C’est l’unique manière de faire la différence entre les processus bénins et malins de manière certaine.  C’est donc cet examen qui permet de donner un pronostic favorable ou réservé.

Traitement

  • La stérilisation (ovario-hystérectomie) ou castration précoce des lapines est la meilleure manière d’éviter les maladies du système reproducteur. Une intervention chirurgicale sur un jeune animal sain est une situation maîtrisée et comporte beaucoup moins de risques anesthésiques qu’une situation pathologique sur un animal âgé et débilité. Cette solution préventive est moins utilisée chez les espèces à risque anesthésique élevé quel que soit l’âge du fait de leur taille.
  • Lors de carcinome ou d’hyperplasie de la paroi utérine, la chirurgie d’ovario-hystérectomie est le seul traitement actuellement disponible. En effet, la chimiothérapie demeure à l’étude et demeure incertaine dans ses résultats sur les néoplasies génitales des petits mammifères. 
  • Les lactations de pseudogestations peuvent être traitées médicalement par l’administration de molécules qui stoppent la production lactée. Lors des maladies inflammatoires et infectieuses du tractus urogénital, un antibiotique et un anti-inflammatoire sont indiqués.

Complications

  • Les complications des tumeurs bénignes et malignes du tractus génital sont fréquemment liées à la douleur qu’elles causent. En effet, la douleur ralentit le transit digestif, provoquent une anorexie et l’animal diminue ses déplacements qui ont également un rôle sur le travail du tube digestif pour la digestion et l’élimination des aliments. A terme, le risque est d’arriver dans une situation de stase digestive voire d’arrêt de transit, en particulier chez les lapins et cobayes. Cette situation est une urgence car l’animal peut décéder sous 24 à 48h. La rupture d’un utérus ou d’une masse ovarienne peuvent survenir dans certains cas et causer une péritonite septique ou aseptique qui compromet la survie de l’animal.
  • Des complications respiratoires sont possibles avec des animaux présentant des difficultés à respirer (dyspnée) dans le cas des tumeurs ayant métastasé dans les poumons.

 

 

(1) : Adapté de POPESKO P., RAJTOVA V., HORAK J. : A Colour Atlas of Anatomy of Small Laboratory Animals : Rabbit, guinea pig, Wolfe publishing Ltd., 1990, 255 p.

(2) : QUESENBERRY K., CARPENTER JW : Ferrets, Rabbits and Rodents : Clinical Medicine and Surgery, 3nd Ed., St Louis (Missouri), Ed. Saunders, 2012, 596 p

(3) : COQUELLE M. : Prise de décision : stériliser ma lapine ? 

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