Le picage, causes comportementales

Gris du gabon

Le picage correspond au fait de s'arracher les plumes, voire la peau. Ce syndrome est également appelé "Feather Picking Disease" en anglais. C'est un sujet très vaste qui comporte des causes médicales et des causes comportementales, ainsi il me semblait impensable d'écrire un article unique. Voici donc le premier article sur le picage, pour évoquer ses causes comportementales.

Mon perroquet se pique, est- ce comportemental ?

De nombreux articles florissent sur internet pour expliquer que celui-ci a une origine comportementale, comme une frustration sexuelle, un ennui, un stress de changement d'environnement... Cette information est à accueillir avec prudence, car il existe de nombreuses maladies à l'origine du picage ! Il existe en effet une 40aine de causes identifiées au picage, dont des causes comportementales mais également des causes médicales, avec des maladies pouvant avoir des conséquences graves à mortelles.

Voici quelques maladies pouvant être à l'origine de picage : la présence d'ectoparasites, une mauvaise qualité de la peau liée à un état de carence (hypovitaminose A) la chlamydiose, la PDD (maladie du proventricule ou bornavirose).... Il est donc recommandé d'exclure ces maladies avant de conclure à une cause comportementale. Nous développerons cet aspect dans un prochain article.

Le picage, un cercle vicieux

Lorsque le perroquet s'arrache les plumes, cela entraîne une sécrétion d'endorphines, l'hormone du plaisir. Un phénomène de dépendance à cette sécrétion survient alors, rendant la prise en charge du picage très compliquée, même lorsque sa cause de départ est résolue. Dans certains cas, seule l'utilisation de molécules anxiolitiques permettent une amélioration du picage !

Picage

C'est pourquoi il est conseillé de consulter rapidement un vétérinaire lorsque votre oiseau commence à se piquer. Le pronostic est réservé du fait de ce cercle vicieux.

 

Fréquence et diagnostic différentiel du picage comportemental

Le picage est estimé à environ 10 % des perroquets de compagnie. Le pourcentage d'animaux atteints (prévalence) diffère beaucoup selon les études avec presque 30% de picage pour certaines d'entre elles ! Toute la difficulté de la compréhension des facteurs d'apparition du picage réside dans le fait qu'il est difficile de produire une étude fiable transposable à l'ensemble des espèces, et que les résultats obtenus varient beaucoup d'une étude à l'autre. Il paraît logique que les facteurs de risques diffèrent selon l'espèce et la personnalité individuelle des perroquets. 
Les causes non médicales évoquées comme étant à l'origine de picage incluent :

  • L'anxiété de séparation : ce phénomène est analogue à ce qui se passe chez le chien et le chat. Il s'agit d'un stress créé par une trop grande dépendance affective de l'oiseau envers son(ses) propriétaire(s). Il peut entraîner différents types de comportement que l'animal utilise pour faire diminuer son stress, en particulier les vocalises et l'auto-mutilation chez le perroquet.
  • La recherche d'attention : les perroquets sont des oiseaux qui ont un besoin d'interaction très importants. Un manque dans ce domaine est vite venu, et l'oiseau cherchera alors à attirer l'attention par différents moyens : destruction d'objet, vocalise, picage... Dans ce cas, même une interaction négative où l'humain gronde l'oiseau vient renforcer le comportement, car l'attention a été obtenue.
  • Les comportements compulsifs : ces comportements sont des actions de l'animal n'ayant pas de fonction particulière pour lui, et qui viennent remplacer un comportement naturel lorsque leur environnement ne leur permet pas. Malheureusement la vie en captivité ne pouvant répondre à la totalité des besoins comportementaux naturels des perroquets, certains individus pourront développer cette tendance. 
  • Le manque de stimulation : Dans la nature, le perroquet passe environ 1/3 de son temps à dormir, 1/3 de son temps à rechercher sa nourriture et 1/3 de son temps à se toiletter et interagir avec son compagnon. En captivité, il est difficile de recréer l'activité de recherche de nourriture (appelée communément le foraging) et les interactions de manière aussi importante, ainsi le perroquet est amené à répartir autrement son budget-temps, souvent en augmentant la part de toilette de manière excessive. 
  • Le stress (comportement compensatoire) : Le comportement de picage agit alors comme compensation face au stress, à l'image de la personne qui se ronge les ongles (onychophagie) ou s'arrache les cheveux (trichotillomanie). Il a d'ailleurs été montré que le taux de corticoïdes endogènes (hormone du stress) était plus bas chez les personnes atteintes d'onychophagie que chez les personnes témoins soumises à un stress.
  • La frustration sexuelle : les perroquets vivent pour la plupart en couple monogames et durables, dans lequel les deux oiseaux se toilettent et se câlinent l'un l'autre. En captivité, un perroquet (en particulier un élevé main) va chercher à recréer ce modèle et devant ces boules de tendresse, il est fréquent que l'humain se laisse prendre au jeu sans prendre conscience que certains comportements l'inscrivent comme "l'élu du coeur" de son perroquet. Cette relation peut alors être à l'origine d'une réelle frustration car il ne sera bien sûr pas possible de couvrir les besoins de cet oiseau de la même manière que l'aurait fait un oiseau de la même espèce dans son milieu naturel. Le cacatoès peut alors se mettre à piquer la personne aimée, ou à se piquer lui-même.

Ara calin

Une étude rétrospective récente a tenté d'étudier les différents facteurs de prédiposition du picage en faisant passer un sondage sur des forum de passionnés de perroquets. Sur l'ensemble des 404 personnes ayant répondu à l'étude, 47 oiseaux étaient atteint de picage. Lorsque plusieurs oiseaux se piquaient au sein d'un même foyer, seul l'un d'eux était conservé pour l'étude. 126 autres oiseaux non atteints ont été sélectionnés au hasard pour servir de témoin. Bien sûr, cette étude ne permet pas de conclure de manière absolue sur les causes précédemment évoquées car elle a moins de puissance qu'une étude prospective et ne concerne qu'un nombre limité d'oiseau avec une évaluation subjective de l'environnement par les propriétaires, mais elle donne quelques pistes pour de futures études, et aussi pour tenter de prévenir l'apparition du picage !

L'espèce du perroquet

Il semblerait que les gris du Gabon et les cacatoès en général soient les espèces les plus représentées parmis les perroquets atteints de picage. En effet, l'étude précédemment citée a montré qu'il y avait 8 fois plus de picage chez le Gris du Gabon que pour les perroquets en général, et 13 fois plus pour les cacatoès !

Cela pourrait s'expliquer par le fait que le Gris du Gabon est un oiseau particulièrement intelligent et exigeant en stimulation intellectuelle. Il serait alors difficile de couvrir l'ensemble de ses besoins en interaction et en activité, le rendant ainsi plus sujet au picage.

Pour les cacatoès, c'est davantage du côté de la frustration sexuelle et du stress que se situe probablement la raison. En effet, ce sont des perroquets particulièrement tactiles et demandeurs de contact, et il est très difficile d'avoir une relation uniquement "amicale" avec son cacatoès, qui va rechercher de manière très forte à recréer une relation de couple avec son humain favori une fois la puberté atteinte, avec toute la frustration que cela peut engendrer. De plus, ce sont des oiseaux très territoriaux qui ont ainsi une tendance à être rapidement stressés et "dominants".

L'environnement et la stimulation du perroquet

Dans certaines études les résultats montrent une diminution de 90% du risque de picage pour des oiseaux ayant plus de 4h d'interactions par jour avec l'Homme ! Il n'existe pas que la part quantitative dans les interactions, mais également une importance de la qualité des interactions : sortir le perroquet de sa cage, lui parler, lui apprendre des mots, lui apprendre des petits tours (training), se promener avec l'oiseau sur le bras...

On pourrait penser que le fait de rester en cage favorise l'apparition de picage, du fait de l'ennui. En réalité, il s'agit surtout de trouver un bon équilibre, car l'étude que nous avons cité a montré une augmentation du risque de picage pour les oiseaux restant plus de 8h par jour en dehors de la cage. Il pourrait s'agir d'un résultat biaisé parce qu'il s'agirait de perroquets déjà atteints de picage, dont les propriétaires ont augmentés le temps de sortie. On pourrait imaginer également que les propriétaires prennent alors moins le temps d'interagir avec leur perroquet car ils pensent la sortie longue suffisante. L'hypothèse qu'une taille trop petite de cage induirait le picage n'a pas été confirmée par l'étude. Ses résultats suggèrent davantage que la complexité de la cage soit plus importante que sa taille. 

Collerette

La cage n'a pas non plus qu'une connotation négative car elle constitue un abris pour le perroquet, et elle est par exemple indispensable pour que le stress tombe et que le repos soit réel. Il a déjà été montré que la privation de sommeil était source de stress pour le perroquet. L'article de JAYSON (2014) montre au contraire qu'une durée de sommeil supérieure à 12h favorise le picage chez le Gris du Gabon favorise l'apparition de picage, avec un risque 7 fois plus de élevé ! Notre confrère attribue ce résultat à un besoin élevé d'interaction dans cette espèce.  Cette même étude a montré une association entre le fait de placer la cage contre plus d'1 mur et l'apparition de picage chez les cacatoès. En imaginant que ce résultat est répétable, on pourrait supposer que pour ces espèces, la possibilité de voir l'ensemble de la pièce réduise le stress. 

La recherche alimentaire (foraging) est également l'un des éléments préventifs du picage, qui a été démontré chez l'amazone (MEEHAN 2003). De nombreuses solutions existent pour favoriser ce comportement et stimuler l'animal (voir l'article enrichissement).

L'historique et la personnalité de l'oiseau

L'historique de l'oiseau peut jouer sur l'apparition du picage. Il a été montré que les oiseaux prélevés dans leur milieu naturel étaient prédisposés au picage. On peut imaginer que c'est en lien avec le stress du changement d'environnement et du confinement chronique, mais également avec la diminution des interactions par rapport à ce qui se passait dans le milieu naturel pour l'oiseau. On rappellera par ailleurs qu'il est interdit d'acheter ou de vendre des perroquets prélevés dans le milieu naturel pour les espèces appartenant à l'annexe I de la Convention de Washington ! En Europe, on rajoutera les animaux classés en annexe A de la CITES. 

Les perroquets adoptés en refuge ou chez un particulier se séparant de leur oiseau ont montré également davantage de picage que les autres perroquets. Il est probable que ces oiseaux soient sujet à l'anxiété de séparation du fait de leur histoire.

L'étude de VAN ZEELAND a également montré que la personnalité de l'oiseau et sa stratégie d'adaptation face au stress a une influence sur l'apparition du picage. En effet, une classification comportementale existe en fonction de la manière dont le perroquet réagit à une contrainte physique (manipulation), la confrontation à un nouvel objet et la mise en situation dans un environnement complètement ouvert sans abris. Les oiseaux sont ainsi classés dans la catégorie proactive ou réactive. Les perroquets atteints de picage étaient plus nombreux dans le groupe des oiseaux proactifs. 

Sources

GASKINS 2014 - Non medical factors and feather picking disease, J Avian Med Surg. 2014 June; 28(2):109-17

JAYSON - 2014 Risk factors Feather plucking parrot, Journal ofExoticPetMedicine23(2014),pp250–257

LUESCHER : Manual of Parrot Behavior, Blackwell Ed, Ames (Iowa, US), 2006.

MEEHAN - 2003 Foraging opportunity and increased physical complexity both prevent and reduce psychogenic feather picking by young Amazon parrots, Applied Animal Behaviour Science 80 (2003) 71–85

VAN ZEELAND - 2013 Coping style Grey Parrot, Applied Animal Behaviour Science 148 (2013) 218– 231

 

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